En Salles

Shame, la chair est triste

Écrit par  Garance Meillon
        shame
       ■ Film : Shame
       ■ Réalisateur : Steve McQueen
      ■ Avec : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale
      ■ Titre original : Shame
      ■ Genre : Drame
      ■ Durée : 1h39
      ■ Sortie en salles : 7 décembre 2011
          
        Cinémotif.fr : 4etoiles_presse_trans
           
        Presse : 4etoiles_presse_trans
        Spectateurs : 35etoiles_presse_trans
          
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Steve McQueen met en scène Michael Fassbender dans le rôle d'un homme dont les sentiments sont anesthésiés mais dont la chair est à vif.

Autant Requiem for a Dream donnait envie d’espaces verts, d’air frais et de produits bio, autant Shame fait se rappeler les bienfaits d’une relation saine, stable, enrichissante.

Le film s’ouvre sur un homme exsangue, pâle, comme enseveli dans des draps bleus. Dès le début, son lit est son caveau. Soudain la lumière se fait, et il disparaît. Cette lumière sur laquelle s’inscrit le titre du film est la lumière de jour (qui fait disparaître Brandon comme s’il était un vampire moderne - ce qu’il est à un certain degré), mais c’est aussi une lumière métaphorique annonçant un parti pris : exposer en plein jour une addiction, celle du sexe.

Brandon vit une vie en apparence normale de cadre supérieur à New York, mais ce que l’on peut prendre au départ pour les aventures sans lendemain communes à beaucoup d’hommes, se révèle en fait un motif récurrent de la vie du jeune célibataire aux yeux bleu acier. Il est accro au sexe, et ne peut passer plus de quelques heures sans assouvir ses pulsions. Porno, prostituées, magazines, tout y passe.

On remarque vite que les relations sexuelles pour Brandon ne peuvent être que sales, dégradantes, et surtout pas intimes. Dès qu’un soupçon d’intimité s’installe (comme par exemple après un dîner avec une collègue), le pauvre garçon se retrouve sans ressources… La sexualité à problèmes de Brandon est tout de suite posée comme un fardeau dont il a honte, mais surtout comme un poids qui l’encombre. Brandon aimerait être normal, mais il n’a ni le temps ni le courage de se pencher sur ses problèmes et choisit la facilité. Il est conscient qu’il n’est pas normal, mais comme tous les addicts, il se voile la face. Il vit, assouvissant ses sens mais ne connaissant pas d’émotions, dans un New York fantôme où la solitude de chacun est latente. La musique de Harry Escott souligne très bien les instants de vide et la désespération du film.

L’arrivée de sa sœur (attendrissante Carey Mulligan, qui joue très bien les petites filles déséquilibrées) le force à voir sa vie telle qu’elle est : beaucoup de chair mais peu de chaleur. La sœur de Brandon, Sissy (dont le nom est bien choisi puisqu’il signifie également« peureuse » en anglais) est en effet le contraire de Brandon. N’arrivant pas à se remettre d’une rupture récente, elle hurle « je t’aime » à quelqu’un au téléphone, qui visiblement n’en a que faire. À fleur de peau, émotive, elle est le miroir de Brandon, et aussi incarne sans doute pour lui un symbole de femme amoureuse qu’il ne comprend pas et rejette. À l’autre bout du fil parlant à l’objet de son amour, elle s’apparente à cette femme qu’on ne verra jamais, et qui laisse toujours des messages désespérés à Brandon. Brandon voit donc une souffrance à travers Sissy, une souffrance qu’il sait causer chez d’autres femmes mais qu’il préfère occulter. Il malmène sa sœur émotionnellement pour cette raison, mais aussi parce qu’il ne peut pas ressentir cette souffrance – jalousie non avouée qui le fait se comporter parfois de façon extrêmement dure avec elle. Lorsque Sissy couche avec le patron de Brandon après une soirée, il se reconnaît en elle pour la première fois et la méprise de plus belle.

Les choix de mise en scène de Steve McQueen montrent souvent Brandon de dos ou de profile, comme s’il était difficile de voir le personnage de face, pour ce qu’il est vraiment, puisque lui-même n’arrive pas à se regarder dans un miroir. Brandon a souvent le dos courbé, la tête baissée, comme si ses travers l’handicapaient physiquement. McQueen laisse souvent une scène entière se dérouler dans un seul plan, sans couper, donnant un aspect réaliste et entier aux rapports entre les personnages – comme la longue scène du dîner où les principes de Brandon surprennent sa collègue, qui croyait avoir affaire à un homme  « normal ». La scène où Brandon couche avec deux femmes est filmée comme une crucifixion, où Brandon semble agoniser.

Comme pour toutes les addictions, il faudra que Brandon touche le fond pour qu’une alarme commence enfin à sonner et qu’il se remette peut-être. Cette question reste en suspend avec la fin ambiguë qu’a choisie Mc Queen.

Ecrit par  Garance Meillon
Shame Bande-annonce

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